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Les filles au Moyen-Âge

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Samedi dernier nous sommes allés voir ce film dont l'affiche m'avait attirée dans le métro. 

Le moyen-âge est une période méconnue, et plus encore le rôle qu'y jouaient les femmes dans les différents étages de la société, rôle très important voire déterminant, bien loin des clichés d'obscurantisme dont on pare allègrement les milles années qu'il recouvre. Droit de cuissage, servitude proche de l'esclavage, analphabétisme, voilà à quoi l'imaginaire contemporain résume ces temps d'une richesse inouïe, quand on ne réduit pas, au mieux, les chatelaines à des princesses enfermées dans leur tour.



Il y a quelques années, j'avais lu le livre de Régine Pernoud, historienne de renom, sur la condition des femmes à cette époque. Ce petit opus, intitulé La femme au temps des cathédrales, suit un autre livre tout aussi passionnant, Pour en finir avec le Moyen-Âge, qui dégomme beaucoup de poncifs idiots...  ces deux livres m'ont enthousiasmée et durablement marquée, je vous les conseille vivement. 
Une version cinématographique et poétique de ce sujet était donc pour me plaire, et la présence de Michael Lonsdale dans ce métrage n'a fait que m'emballer un peu plus.

"Bercés par le récit d'un vieil homme érudit, des enfants d'aujourd'hui se retrouvent transportés au Moyen Âge. 
Les garçons sont des rois, des moines et des chevaliers. 
Les filles, des conquérantes, des savantes, des héroïnes. Dans ce Moyen Âge méconnu, elles leur tiennent tête et n'ont de cesse de s'émanciper." (synopsis Allociné)

Tourné en pellicule 16mm et en grande partie en noir et blanc, le film de Hubert Viel surprend par son esthétique aussi bien que par son rythme. Ici point de petite histoire dans la grande, on se concentre sur des personnages : les tableaux se succèdent, comme sur les parvis des cathédrales les fabliaux et les contes s'entremêlaient pour former une fresque, un mystère. On brosse tendrement l'image d'une vie hautement poétique et virile à la fois, celle de ces femmes, connues ou méconnues. Eulalie la servante, Clotilde reine des Francs, Hildegarde la physicienne, Jeanne la chef de guerre, Agnès la courtisane... et puis des pharmaciennes, des chefs d'entreprise, des médecins, des enseignantes ! Chacune vraiment féminine et vraiment respectée, chacune tenant sa place avec fierté, humour et détermination. 

Le film est transpercé de part en part de mystique chrétienne, la vraie, celle qui place la charité au coeur de l'activité humaine, celle dont le sacré est le véritable moteur. Certains passages m'ont fait pleurer (oui, dès que c'est plein de vérité ça m'émeut aux larmes), comme celui où Clotilde parle de la foi à son mari. J'adore l'idée de faire jouer à des enfants des rôles d'adulte, leur fraicheur permet au réal certaines libertés. La petite Malonn Lévana est la plus douée de tous à mon humble avis. Les dialogues sont simples mais fins, le narrateur nous berce de sa voix douce. On se laisse transporter dans ce monde comme dans un conte dont on sait au fond de nous qu'il n'est rien d'autre que l'historique vérité dont on a tiré la substantifique moelle, un condensé d' 1h28, comme un bonbon acidulé qu'on déguste. 
Ce film fait aussi écho à la condition des femmes modernes, il m'interpelle en tant que fille du nouvel âge, il me parle de ma situation, du monde dans lequel je vis, en creux. Il me fait mieux sentir la dureté de notre époque, bien plus barbare par tant d'aspects que celle de la douceur médiévale, de l'amour courtois, et de l'agriculture intelligente

S'il faut pointer les aspects négatifs, je dirais que je suis un peu déçue par l'esthétisme, car malgré certains passages où la photo est assez belle, avec sa touche d'onirisme en n&b, dans la manière de filmer les décors et en particulier certains champs de bataille, je trouve dommage dans l'ensemble de n'avoir pas exploité plus à fond les cadrages et les jeux de lumière que permettent le format choisi, ce qui aurait pu ajouter au plaisir de coeur et de l'esprit, celui des yeux. Certains des petits acteurs sont aussi un peu moins bons que d'autres. Mais honnêtement cela reste anecdotique à côté du plaisir procuré par ce petit ovni cinématographique ^^





Je laisse le mot de la fin au réalisateur : "En fait mon film est poétique car le Moyen-Âge l’était. On a conservé pas mal de documents administratifs ou militaires, comme par exemple des lettres de généraux prisonniers qui réclamaient qu’on les libère sous rançon : elles sont écrites en alexandrin. C’est aussi parce que l’époque est hautement spirituelle, alors le moindre acte qui peut nous paraître anodin et terre à terre, devient un sacerdoce. Tout est rite, tout est cérémonie. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas de meilleur moyen de rendre hommage à cette période que de la représenter avec lyrisme, humour et décalage. On rit énormément au Moyen-Âge."

Allez voir ce film, il vaut le coup, et ça change de la production française habituelle !!!!! Si vous l'avez déjà vu, je serai très curieuse d'avoir votre avis dans les commentaires ^^







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