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Vltava, ou la 3ème année de mariage

4 Comments

C'est à la délicate altération du lien d'amour que sont dédiées ces lignes.





C'était il y a quelques semaines. Hélen dormait. J'étais assise sur le canapé, furax. Terek (furax aussi, mais un peu moins je crois) a posé sur la table une bouteille de bière tchécoslovaque. Il s'agissait du cadeau de mariage de ma cousine Louise. Une bière de réconciliation. La notice était simple : à boire lors de notre première dispute. Deux ans et demi qu'elle dormait sagement au frigo, et voilà qu'elle était sur la table, ça m'a fait tout drôle. On l'a bue, on a parlé, je me suis mouchée dedans, on ne l'a même pas finie. C'était un cap bizarre, ceux dont on a pas spécialement envie de se rappeler (d'ailleurs je ne me souviens même pas de l'objet de cette dispute)...
C'était triste, mais en même temps teinté d'une certaine douceur, comme lorsqu'il pleut sur un très beau paysage. Après la pluie, on n'admire que mieux la splendeur qu'on a le bonheur d'habiter la plupart du temps, et moi c'est un ciel sans nuage et un amour fou que j'habite ! Je pourrais parler des heures de notre romance, de cette entente qui a commencé instantanément, de ces quatre années (et demi !) sans l'ombre d'une rancoeur, d'un énervement. Un éternel printemps des coeurs. On se demandait comment un jour on pourrait s'agacer.

Et puis on s'habitue. On s'accoutume à la merveilleuse, à la parfaite existence de l'autre. On trouve normales les délicatesses, les baisers du matin, les cookies chauds, les mille services rendus, les caresses qui font battre le coeur. On se lasse des jolis mots, des surnoms qui nous faisaient sentir invincibles.

Alors le lien d'amour s'altère.
Il change, comme une rivière. Cette symphonie que j'écoute très souvent décrit une rivière tchèque, la Vltava. Une petite source fine entre les rochers de montagne, timide, brillante, limpide, qui jaillit ensuite en torrents et cascades fougeux, passionnés, pour s'enrouler enfin dans les plaines en fleuve plus lent, plus paisible. C'est comme ça que je vois l'amour. (Et même pour aller plus loin l'amour humain trouvant son accomplissement en se fondant à la mort dans l'amour divin comme le fleuve se répand dans la mer qui l'accueille. Mais je ne vais pas parler théologie.)
Je crois qu'en ce moment, on est en train de passer du torrent aux prémisses du fleuve. Tu m'aimes d'une nouvelle manière, que je découvre au fil des jours. Je t'aime à ma nouvelle façon de femme qui ne vit plus pour toi seulement, mais pour l'enfant que tu m'as fait, aussi. De nouvelles formes d'affection émergent, celles qui régissent les familles, et qui sont plus lentes, plus formelles, qui doivent plus souvent se plier au quotidien, qui peuvent moins s'affranchir de la réalité. On doit s'aimer en vérité, s'aimer plus fort parce qu'on se connait mieux, parce que je connais tes failles et d'autant mieux ta belle ardeur à les combler. Parce que ta tendresse passe par des chemins plus invisibles, je dois d'autant plus la chérir. Je veux garder comme un trésor ces 15 minutes que tu m'offres en rentrant plus tôt du travail, ces quelques secondes où tu te serres contre moi en pleine nuit pour me remercier du biberon donné, ta manière de me baisser le strapontin dans le métro, tes appels tous les jours pour savoir comment je vais, et les câlins que tu me fais, toi qui détestes rester sans rien faire...
Et puis au cours de cette promenade, quand je lève un peu la tête, je le sens : l'air est chargé de promesses parfumées, d'odeurs de plaines fertiles, de vues splendides, de coteaux courbes, et de pentes à vendanger. L'avenir ce sera une complicité plus tacite, moins éclatante, un amour qui n'aura pas besoin de se crier sur les toits, une union des coeurs enrichie de mille pardons, des baisers lourds de tant d'autres avant eux, des étreintes moins faciles mais plus vives, une tendresse faite de tous les gestes posés au quotidien, l'âme pleine de volonté et de sacrifice.

Je t'aime de vouloir m'aimer pour toujours <3
Je t'aime de penser que l'amour ne dure pas trois ans.
On sait qu'en vrai, l'amour dure grave longtemps, surtout quand on ne lui laisse pas le choix. Parce que "l’amour n’est pas l’amour qui s’altère quand son objet se renouvelle ou s’éloigne aussitôt que l’être aimé recule. [...] L'amour ne s'altère pas en heures ou en semaines, mais survit jusqu'à la pointe de la fin du temps. Et si ceci est faux et qu'on me le prouve, je n'ai jamais écrit, et personne n'a jamais aimé." *micdrop*

Bonne Saint Valentin mon bel astre








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4 commentaires :

  1. Chère Philippine, (on ne s'est jamais vues mais tu m'es devenue chère quand même, depuis le temps que je traîne sur tes blogs et que tes textes m'émeuvent); celui-là me parle tout particulièrement. C'est quelque chose qui m'a toujours fait peur, vu à distance, cette histoire des trois ans, cette date de péremption, cette usure annoncée de l'amour. Alors merci pour ton texte simple et lumineux.

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    1. Ho merci Astrid ! Moi aussi ça me faisait peur ! ça me fait peur ! et même quand la date sera passée j'aurai toujours peur :D mais ça montre qu'on a envie que ça marche, et c'est ça le plus important !
      Je comprends ce que tu veux dire car moi aussi je suis rassurée quand je vois des couples qui se donnent les moyens et sont heureux malgré/grâce aux passages dans la tempête :)
      Je t'embrasse et te remercie d'avoir pris le temps de m'exprimer ce que tu ressentais, c'est hyper important et chouette d'avoir un retour, on a moins l'impression de parler dans le vide :p

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  2. je t'ai déjà dit ce que je pensais de ton article sur ta photo Instagram, mais qu'importe, un petit mot par ici fait toujours plaisir je pense! Un grand merci pour ton passage sur le blog Philippine!

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  3. Quel beau texte, je me suis régalée à le lire, c'est tellement juste et vrai !

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